Shintaro YUZAWA Monsieur Bernard CITROËN Paris, le 22 février 2002 Cher Monsieur Bernard Citroën, Je vous remercie de votre lettre. Je suis vraiment content d'avoir des réactions des lecteurs, surtout lorsqu'elles sont critiques ! J'ai lu le message du Pape Jean-Paul II : « Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon » Comme le pardon doit-être difficile pour toutes les victimes innocentes des attentats terroristes du 11 septembre ! Mais c'est un grand malheur de voir les bombardements américains ajouter les victimes civiles innocentes en Afghanistan. Quoiqu'il soit difficile, je suis convaincu que seul le pardon mutuel ouvrira la voie à la paix véritable. Vous avez cité un proverbe juif : « Quand deux se battent, deux ont tort » Eh bien ! il y a un proverbe japonais qui dit exactement la même chose : « Kenka ryô seibai » Mais ce qui est à la fois tragique et dérisoire dans la guerre, c'est que deux se battent, et deux sont convaincus d'avoir raison. Et pendant ce temps, les gens meurentc A propos des armes atomiques, je suis d'accord avec vous. Il faut comprendre que les Japonais sont très sensibles sur les questions des armes nucléaires. Ce qui s'est passé à Hiroshima et Nagasaki : des centaines de milliers de morts, des atroces souffrances que causent les radiations durent toute la vie, et sur plusieurs générations. Cela est absolument injustifiable. Ce n'est pas sans raison que les armes nucléaires n'ont jamais été utilisées après Hiroshima et Nagasaki, ni pendant la guerre de Corée, ni pendant la guerre du Vietnam. Mais, d'une manière générale, l'usage des armes conventionnelles, notamment les mines antipersonnelles, n'est-il pas aussi injustifiable ? La citation d'Emmanuel Lévinas dans mon article parlait de la souffrance inutile, une réflexion sur le Shoah. Qui révèle, selon lui, d'une façon générale, « le caractère injustifiable de la souffrance dans l'autre homme » De même, nous les Japonais devrions toujours témoigner des horreurs des bombes atomiques, mais aussi des atrocités commises par l'armée impériale japonaise en Asie. (L'état japonais ne s'est jamais excusé officiellement auprès de ces pays) Je ne suis pas naïf au point de penser que les États-Unis auraient dû se laisser sans se défendre face aux terroristes. Mais si j'ose émettre des critiques contre les États-Unis, c'est que c'est un pays démocratique, et que je peux espérer que mes paroles pourraient être entendues pour qu'ils fassent tout pour éviter la guerre. Et encore merci de votre lettre, et il nous faut continuer à témoigner de notre espérance que la justice et la paix adviendront sur Terre. Bien amicalement à vous. P.S. Pourriez-vous me donner la permission de publier votre lettre sur la page Internet du Centre Catholique des Japonais ? Je suis sûr qu'elle est très intéressante pour les Japonais et les Français.
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