Bernard CITROËN Paris le 8 février 2002
J'ai lu très attentivement votre article (en français) publié par la Mission Japonaise et à ce propos j'ai plusieurs choses à vous dire. Il existe un proverbe juif qui dit : « Quand deux se battent, deux ont tort. »... Par ailleurs je pense que vous avez, comme moi, lu la lettre de Jean-Paul II pour la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2002 où le Pape insiste sur le Pardon : « Il n'y a pas de justice sans Pardon ! » écrit le Saint Père. Ce serait une bien étrange « justice » de pardonner d'un côté... et non de l'autre... restant entendu que la guerre est une horreur. Enfin je veux vous raconter un souvenir personnel. Jeune homme j'étais un jour chez Jean Cocteau, dans son petit appartement de la rue de Beaujolais quand sa gouvernante, Madame Madeleine a frappé à la porte pour dire qu'il y avait là deux étudiants qui voulaient voir M. Cocteau un petit instant. Cocteau me demanda si je permettais – et comme bien sûr j'acquiesçai elle les introduisit – un garçon et une jeune fille, avec des papiers à la main. Demandant à Cocteau de signer un « appel » ; à leurs dires beaucoup d'intellectuels, Sartre et Mme de Beauvoir en tête, avaient déjà signé – et ils tendaient leur papier et un stylo à Cocteau, persuadés qu'il allait signer aussitôt. Mais Cocteau avec une grande gentillesse qui lui était naturelle, demanda la teneur de cette requête. « Contre la bombe atomique » répondirent comme d'une seule voix les deux étudiants. Faisant alors un léger pas en arrière Cocteau leur dit : « Non, je ne signerai pas cela. Et il ajouta : « présentez-moi une requête contre toute guerre, contre toute arme, je signerai de deux mains ! Mais protester contre l'arme atomique seulement, non ! Cela impliquerait que j'admette l'usage de toutes autres armes ! Et sûrement on va inventer des pires ; encore. « Désolé, mes enfants... réfléchissez »... Sur quoi, désolés à leur tour – mais réfléchissant peut-être, ils s'en allèrent. Il y a encore 50 ans de cela – mais pour moi, cela a été une leçon inoubliable... comme vous le voyez... J'ajouterai seulement : qu'il faut prier... pour les victimes des armes – mais aussi pour ceux qui sont victimes de leurs erreurs... Fraternellement à vous. Bernard Citroën
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